samedi 10 septembre 2016

comment les technologies numériques prolongent les missions traditionnelles des musées

texte de Patrick Moya de 2011 en réponse aux questions de Noémie Roussel, pour son mémoire de master 2 Design d’interface multimédia et Internet, université Paris 13,  ("La relation entre le musée et son public à l’ère du numérique : ruptures et continuités")


"Ma propre expérience de mise en relation de mes expositions réelles
et de leurs doubles virtuels, sur lesquels interviennent des internautes-
visiteurs, m'a montré les avantages qu'on peut tirer de la 3D
interactive sur internet.

La rencontre de l'artiste et du visiteur ou du spécialiste d'un domaine
particulier, ne sont plus des pistes mais des réalités que seules les difficultés
techniques freinent encore. La principale difficulté n'étant
pas logicielle ou informatique mais dans la fiabilité des réseaux internet
disponibles, sachant que pour le web 3D, la moindre coupure est
fatale.
rencontre virtuelle - exposition Moya au centre d'art la Malmaison
à Cannes en 2011.




























 La mission pédagogique du musée a déjà largement utilisé la 3D
pour la reconstitution de monuments en partie détruits ou pour des
visites virtuelles agrémentées d'informations.
La réalité augmentée ajoute l'aspect ludique à ces modélisations et
étendra le champ du musée au-delà de sa propre surface physique. La
réalité augmentée permet d'ajouter de l'espace muséal où l'on veut et
de faire pour qui le souhaite, de la ville ou du paysage, un musée.
Le web 3D permet, lui, de faire des espaces modélisés des lieux
d'échange. La rencontre devient possible entre des visiteurs du musée
et des intervenants extérieurs connectés sur le métavers, ce qui permet
d'étendre le champ du musée aux réseaux sociaux.
Si on relie la réalité augmentée et le web 3D, on peut imaginer, à moyen
terme, un guide ou un conservateur qui ferait la visite guidée sans bouger
de son bureau, ou un artiste qui répondrait à distance aux questions
des visiteurs, comme je l'ai fait lors de mon exposition "La civilisation
Moya" (au centre d'art La Malmaison à Cannes, durant l'été 2011), dans
la réplique virtuelle à l'identique du lieu, depuis mon atelier.
La visite de réserves muséales en 3D sera également l'une des pistes
du futur proche : la mise en ligne des oeuvres en stock sur les métavers
permettra de construire des expositions à distance, en modélisant
les espaces et en y posant les oeuvres virtuelles puisées sur le net.
Cette possibilité nouvelle donnera lieu à des expositions uniquement
virtuelles et visitables seulement sur le net. De même que tout un
chacun pourra construire sa propre exposition à partir des réserves de
divers musées.
J'ai expérimenté ces possibilités lors de ma participation à l'exposition
"Rinascimento Virtuale" (L'art dans Second Life) organisée par
le critique italien Mario Gerosa au musée d'anthropologie de la ville
de Florence. Avec l'architecte de l'exposition (Fabio Fornasari), j'ai
construit ma future installation dans mon atelier de Second Life.
Nous avons ainsi visualisé les transformations nécessaires sans
jamais nous rencontrer autrement que par avatars interposés.
J'ai également pu faire l'expérience de l'utilité d'avoir mis en place
une réserve virtuelle de toutes mes oeuvres disponibles en réel : il
m'était plus facile de retrouver mes oeuvres dans le monde virtuel
que dans le réel, et de pouvoir ainsi les montrer de façon plus rapide
et efficace à un galeriste ou à un curateur.

Maquette virtuelle afin de préparer l'exposition Moya au Palazzo Ducale
de Mantova en 2016















Dans le futur, lorsqu'un conservateur préparera une exposition, il
"descendra" dans la réserve virtuelle depuis son ordinateur, en compagnie
d'un expert ou d'un critique présent chez lui : ensemble, ils
choisiront les oeuvres et pourront même les installer dans la réplique
du musée.
On retrouve ici la mission de conservation du musée. Les réserves
virtuelles ne sont rien de plus qu'une amélioration des archives web
en y ajoutant la 3D, mais, comme toute transformation, elles changeront
notre perception du réel lui-même.
L'importance grandissante des métavers verra naître la nécessité de
conserver les objets et les architectures de ces nouveaux mondes. Déjà
Mario Gerosa (spécialiste des mondes virtuels et par ailleurs rédacteur
en chef de AD magazine Italie) avait tenté de créer un conservatoire
des architectures des jeux vidéo et des univers virtuels ou MMORPG
(Massively Multiplayer Online Role Playing Games").
Le "gold farming" (ou revente de biens virtuels issus des jeux vidéos)
prouve que les objets ou oeuvres virtuelles deviennent tangibles.
La nécessité de créer des départements de conservation des architectures
et objets virtuels, entraînera en retour des liens entre ces
"objets" et les espaces miroirs des musées ou les clones des oeuvres
réelles, créant ainsi de nouveaux usages et de nouvelles façons de
visiter les musées.
Les technologies numériques prolongeront les missions traditionnelles
des musées en créant de nouvelles extensions pratiques et ludiques.
Mais, en transformant les relations du spectateur avec le musée, elles
transformeront le musée lui-même à leur image"

paru en bonus dans le livre "l'art dans le nuages" aux éditions Baie des Anges en 2012

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