lundi 10 octobre 2016

L'art numérique doit s'échapper du carcan des technologies.

L'histoire des techniques et des matériaux est une des parties de l'histoire de l'art. Elle ne peut en être le point central. L'histoire de l'art est, en elle-même, un épiphénomène de l'art : elle a sans doute été trop souvent revendiquée comme élément nécessaire à la compréhension du phénomène artistique. Les produits de la technologie permettent aujourd'hui de faire soi-même une image ou d'agir sur elle : l'ordinateur Thomson MO5, que j'utilisais au milieu des années 80, fut pour moi le premier moyen d'intervenir dans l'image télévisée, comblant mon fantasme de pénétrer au coeur de cette image. Il est inutile de se poser la question de savoir si l'ordinateur est le médium ou le support de l'art : il est les deux. Pour autant, le net art, comme l'art numérique, utilisent souvent les processus habituels de l'art contemporain, qu'on imagine être les seuls à pouvoir conférer le statut d'oeuvre d'art : le détournement, l'altération, le retournement du sens ainsi que le message sociétal ou politique. A l'apparition de chaque nouveau média, il est facile de deviner comment les artistes le détourneront pour faire oeuvre. Un simple logiciel bien programmé pourrait faire ce travail. Mais c'est sans doute parce que ce serait trop facile, qu'il faut trouver ailleurs ce que sera le processus de la fabrication de l'art. L'art numérique, qu'on imagine pouvoir faire échapper l'oeuvre à la matière, s'alourdit trop souvent de technologies destinées à le montrer dans les structures des musées ou des festivals. Pourtant, c'est l'immatérialité de l'oeuvre et surtout de sa démonstration qui fait sa spécificité. En entrant dans le nuage, il ne pourra que se débarrasser de cet attirail technologique devenu inutile dans un univers où il n'y a plus d'espace spécifique d'exposition.



Extrait du livre de Patrick Moya "l'art dans le nuage" aux éditions Baie des Anges en 2012

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